dimanche 23 septembre 2012

«SI QUELQU’UN VEUT ÊTRE LE PREMIER, QU’IL DEVIENNE LE SERVITEUR DE TOUS»



(25e dimanche ord. B, 2012, Marc 9, 30-37)

C’est un dogme de notre société: la performance, l’efficacité, la rentabilité. Notre société a le culte du résultat. Aujourd’hui il faut être le meilleur non seulement pour réussir, mais simplement pour pouvoir travailler et survivre. Dans n’importe quelle entreprise, on impose au personnel des programmes à développer, objectifs à atteindre. Si tu n’es pas à la hauteur, tu es éliminé, sans pitié. Il faut être le meilleur à l’école, à l’université, au travail. Aujourd’hui si l’on veut avoir des chances d’emploi et des perspectives d’avenir, il faut être capable de réussir les examens avec les meilleures notes, vaincre des concours, gagner des bourses. Il faut émerger, se distinguer, performer. Pour augmenter le rendement ou améliorer les performances de notre cerveau on  n’hésite pas à recourir au dopage intellectuel. Ainsi on a recours aux psychotropes, comme le Ritalin et d’autres stimulants. Les meilleurs seulement ont une chance. Dans notre société, il y a une sélection qui est établie à norme. C’est la lutte, la course, la compétition: dépasser les autres, distancier les autres, battre les autres. Car, dans l’engrenage infernal de la performance à tout prix, l’autre désormais est devenu le concurrent, le compétiteur, le rival, et donc l’adversaire et donc l’ennemi à éliminer. Le capitalisme occidental, qui structure une société uniquement basée sur la libre concurrence des marchés, la performance, la productivité, la consommation, l’exploitation des ressources, le profit, l’accroissement démentiel des capitaux privés, est finalement en train de mettre en place la plus inhumaine, la plus barbare et la plus sauvage des sociétés. Dans une telle société il y de moins en mois de place pour le sentiment, la sensibilité, la compassion, l’attention, l’écoute, le respect,  la compréhension, l’altruisme, l’accueil l’aimabilité, la bonté ….en somme, il n’y plus de place pour l’amour! Et pourtant c’est l’amour le but de toute l’évolution cosmique! Dans cet univers, nous avons émergés en tant qu’humains, uniquement à cause de notre aptitude à aimer. Nous sommes humains fondamentalement à cause de l’amour que nous sommes capables de donner. Que sommes-nous donc  devenus ?  Il est donc urgent  d’activer notre attitude à aimer.

 Nous avons donc plus que jamais besoin de nous ouvrir à cette Parole du Maitre de Nazareth, si nous voulons récupérer notre âme et vivre en conformité avec notre destin et avec notre être véritable. À travers tout son enseignement, Jésus de Nazareth a voulu nous faire comprendre une chose très simple: devant Dieu nous ne pouvons avancer aucune prétention et nous n’avons aucun mérite à faire prévaloir. En effet, nous recevons tout de son amour et de sa bonté. Par nous-mêmes, nous ne sommes que de sacs vides qui n’acquièrent consistance et valeur que parce qu’ils sont remplis de l’abondance de ses richesses.

Jésus nous à révélé que tout nous vient d’un Source divine qu’il appelle «Père» et qui est fondamentalement un puits d’Amour qui génère tout ce qui existe et que de ce Puits nous puisons l’eau de l’être et de la vie et donc la substance profonde de ce que nous sommes. Pour Jésus alors la vraie sagesse humaine et la vraie illumination consistent à se rendre compte, qu’en ce Principe divin nous avons  «la vie, le souffle, le mouvement et l’être» (Act.17, 25-28). Ce Principe, qui est au cœur de tout, ensemence de son Souffle et de son Énergie tout l’univers, afin que celui-ci devienne à son tour capable de produire de l’être, de la vie et de l’amour.

Jésus nous enseigne donc que seulement si nous entrons dans le courant de cette Énergie d’amour et si nous nous laissons transporter, affecter et envahir par elle, nous réussissons à nous réaliser en tant qu’humains et à atteindre ainsi la vérité de notre être. Car, en tant qu’humains, nous sommes fondamentalement la conscience cosmique de cet Amour. Nous sommes cette partie du cosmos qui, à travers une longue évolution, est arrivée à la connaissance de cet amour dont tout prend son origine. Nous sommes la transparence cosmique de cette Amour.  Nous sommes le lieu privilégié de sa présence en ce monde de matière. Notre tâche est de le connaître, de le reconnaître, de nous en imprégner et de le répercuter autour de nous. «Quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu» (1 Gv. 4,7). Voilà pourquoi, créés, moulés, jetés dans l’existence en vertu de cette Énergie d’Amour qui constitue la substance de notre être, nous ne trouvons notre pleine réalisation que si nous sommes capables de devenir, en ce monde,  les relais de l’Amour.

Jésus de Nazareth nous révèle que vis-à-vis de cette Force d’Amour qui envahit tout, la posture fondamentale des humains que nous sommes consiste, non pas à nous agripper, mais à nous laisser transporter; non pas à nous attacher, mais à nous détacher; non pas à retenir, mais à lâcher; non pas à nous remplir, mais à nous vider; non pas à nous lester, mais à nous délester. Car, à trop vouloir charger notre vie, nous risquons de la couler; à trop vouloir gagner, nous risquons de tout perdre; à trop vouloir retenir, nous risquons de nous enliser dans l’épaisseur superficielle d’une vie qui manque de profondeur et qui rate le passage du Courant divin qui cherche à nous  allumer de lui et à nous entraîner dans son sillage. Jésus nous avertit que la grandeur véritable de l’homme se mesure à sa capacité de s’ouvrir à cet Amour et de le manifester dans sa propre vie. «Qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu demeure en  lui» (1 Gv.4,16).

Et qui dit «amour», dit disponibilité, service, aide, don de soi, respect des autres, attention aux autres, priorité donnés aux autres. Donc, ici est grand non  pas celui que s’érige sur les autres pour les dominer, mais celui qui se fait petit, disponible, serviable,  afin d’enrichir les autres par la force de son amour. Les grands ici sont ceux et celles qui mettent leur confiance non pas dans la puissance et l’efficacité des moyens matériels, mais dans le travail secret de leur amour. Être petits, confiants, abandonnés, accueillants, libres, libérés, limpides, simples,  naturels… voilà par quel canal passe le courant de l’amour qui transforme le monde! Ne sont-elles pas celles-là aussi les caractéristiques de l’enfance? Voilà pourquoi Jésus nous dit que notre vraie grandeur consiste à renoncer à être trop adultes; à éviter de nous prendre trop au sérieux et de croire que nous sommes importants et à récupérer l’enfant qui est en nous: «Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous ne pouvez pas entrer dans le monde de l’amour, qui est le monde de Dieu, ce royaume de Dieu que l’humanité a mission de construire ici-bas».

Ici, la grandeur  est toute  dans la performance de l’amour qui s’oublie et se donne  et non pas dans la performance du pouvoir qui domine et s’impose. Serons-nous capables, en tant que disciples du Maître de Nazareth, d’entrer dans ce Courant  et d’y confier notre vie ?



 BM

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire